Marrakech dispose désormais d'un espace muséal permanent dédié à Denise Masson (1901-1994), islamologue, traductrice du Coran et passeuse intellectuelle entre le Maroc et la France. Inauguré le 3 octobre 2026 à la Maison Denise Masson, le lieu ne se limite pas à une commémoration biographique : il installe la demeure comme plateforme de recherche, de création et de dialogue interculturel.
L'essentiel
- L'espace permanent est aménagé dans un riad du XIXe siècle, près de Bab Doukkala, où Denise Masson a vécu près de soixante ans.
- À son décès, en 1994, elle a légué la demeure à l'État français, avec le souhait qu'elle reste un lieu de transmission et de partage.
- La maison est aujourd'hui gérée par l'Institut français de Marrakech, qui en assure la programmation.
- L'inauguration a notamment réuni l'ambassadeur de France au Maroc, Philippe Lalliot, la directrice générale de l'Institut français du Maroc, Chloé Goupille, et la directrice de l'antenne de Marrakech, Flora Boillot.
Un enjeu patrimonial et intellectuel
L'intérêt du projet tient à son angle : présenter la trajectoire, la pensée et les archives de Denise Masson plutôt que de sanctuariser uniquement son habitat. Le parcours réunit archives, manuscrits, correspondances, objets personnels, tableaux et livres anciens. Denise Masson est notamment connue pour sa traduction française du Coran, publiée en 1967 chez Gallimard dans la Bibliothèque de la Pléiade, et qui demeure une référence dans l'espace francophone.
La programmation inscrit cette mémoire dans des débats contemporains : diversité culturelle, spiritualités, transmission des savoirs, création artistique, mémoire et coexistence. Tout au long de l'année, la maison accueille résidences d'artistes et de chercheurs, conférences, rencontres littéraires, projections et expositions temporaires.
Deux expositions inaugurales
L'ouverture s'accompagne de deux expositions temporaires. Interreligiosités marocaines, de Manoël Pénicaud, est présentée avec le Centre Jacques Berque : elle explore les pluralités religieuses, les circulations et les formes historiques du dialogue spirituel au Maroc. J'ai connu Dieu, de Youssef El Mekaoui, est proposée en partenariat avec la Galerie 208 Paris-Marrakech et propose une approche artistique de l'expérience religieuse et spirituelle.
De la maison de mémoire à l'outil de médiation
L'inauguration peut se lire comme le passage d'une maison de mémoire à un instrument de diplomatie culturelle et de production intellectuelle franco-marocain. La question posée est moins celle d'un nouveau musée à Marrakech que celle-ci : comment la maison d'une traductrice du Coran devient-elle un lieu de médiation entre héritage, recherche, art contemporain et débat sur les spiritualités ?
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