Marrakech se lit par ses centralités
Le document publié en 2018 par le sociologue Michel Peraldi propose une représentation cartographique du centre-ville de Marrakech, envisagé comme un espace étendu où s’articulent la médina historique, Guéliz, l’Hivernage et les principaux axes de circulation de la ville contemporaine. Extrait de l’ouvrage Marrakech, ou le souk des possibles, il ne développe pas une analyse textuelle autonome, mais offre une lecture spatiale utile des continuités et des seuils qui structurent l’agglomération centrale.
La carte déplace d’abord l’idée d’un centre unique. Elle fait apparaître plusieurs polarités reliées entre elles : la place Jemâa el-Fna et les souks de la médina, la Koutoubia, les quartiers de Mouassine, Riad Zitoun, Dar El-Bacha ou Sidi Mimoun, mais aussi Guéliz, la place du 16-Novembre, la gare ferroviaire, le Théâtre royal et le Palais des congrès. Cette distribution des repères souligne la coexistence d’espaces historiques, administratifs, commerciaux, touristiques et résidentiels, sans que leurs fonctions se confondent entièrement.
À l’ouest des remparts, Guéliz apparaît comme l’une des principales extensions du centre urbain. Ses grandes artères, notamment l’avenue Mohammed V, l’avenue Hassan II, le boulevard Mohamed Zerktouni et le boulevard Abdelkrim Al Khattabi, dessinent un réseau conçu pour des mobilités plus larges que celles de la médina. Les jardins el-Harti, la place de la Jeunesse et la place de la Liberté y constituent des repères collectifs, tandis que la gare confirme le rôle du quartier dans les circulations régionales et nationales.
Plus au sud-ouest, l’Hivernage s’inscrit dans cette géographie par la présence du Palais des congrès, des infrastructures hôtelières et de l’avenue Mohammed VI. L’axe relie les quartiers modernes à la Ménara et prolonge vers le sud la recomposition urbaine de Marrakech. La carte met aussi en évidence la proximité entre ces équipements contemporains, les jardins de la Ménara et les espaces agricoles ou arborés qui subsistent dans le périmètre urbain.
La médina demeure néanmoins une centralité majeure. Elle rassemble les monuments religieux et patrimoniaux les plus connus, parmi lesquels les mosquées de la Koutoubia, de Mouassine, d’Ali ben Youssef et de la Casbah, ainsi que le palais de la Bahia, Dar Si Saïd et le palais El-Badi. Elle comprend également des secteurs aux identités différenciées, tels que le Mellah, la Casbah, les souks centraux, Kâat Ben Nahid ou Bab Doukkala. Les portes, les remparts et les voies de transition vers les quartiers extérieurs rappellent que la médina ne constitue pas un ensemble isolé, mais une partie active des déplacements et des activités du centre de Marrakech.
La représentation de Peraldi invite ainsi à considérer Marrakech comme une ville faite de superpositions plutôt que d’oppositions simples entre ancien et moderne. Les quartiers hérités de l’histoire précoloniale, la ville nouvelle élaborée au XXe siècle, les espaces liés au tourisme et les équipements de transport participent tous à une même organisation urbaine. La carte restitue surtout la manière dont les avenues, places, jardins et portes urbaines assurent les raccordements entre ces différentes centralités.
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