L'église des Saints-Martyrs occupe une place particulière dans la mémoire religieuse et patrimoniale de Marrakech, en tant qu'édifice catholique lié à l'histoire du quartier de Guéliz et aux mutations de la présence chrétienne dans la ville. Selon les sources disponibles, l'église fut construite en 1928 puis consacrée en 1929, dédiée à la mémoire de cinq frères franciscains tués à Marrakech au XIIIe siècle.
Située rue de l'Imam Ali, dans le quartier de Guéliz, la paroisse s'est distinguée, au-delà de sa fonction religieuse, par un travail de mémoire consacré aux personnes qui lui furent liées : prêtres, religieux, religieuses, laïcs et enfants de chœur. Les archives qui lui sont associées témoignent d'un souci de rassembler photographies et témoignages individuels, ainsi que les noms de ceux qui y ont assuré le service au fil des décennies.
Une liste, non exhaustive, des membres du clergé ayant servi la paroisse comprend les noms du père Raoul, du père Alexandre, du père Norbert, du père Henri Coyler, du père Albert Meulier, du père Christophe Leclerc, du frère André, et du frère Jean-Paul Colombel, dont le ministère s'est étendu de 1978 à 1989. Une période ultérieure fut marquée par le père Ivica, appartenant à l'ordre dominicain, selon les documents publiés dans les archives de la paroisse.
Avant l'édification de l'église des Saints-Martyrs, une autre église existait à Guéliz, près du camp Mangin et de la gare, dans une rue dont le nom a changé plusieurs fois — de la rue de la Mahalla à la rue Renaud, avant de prendre le nom de Hassan Ben Mbarek. Le récit archivistique mentionne également l'existence d'une église dans la médina, dans le Derb Nqous, témoignant d'une présence chrétienne bien antérieure au Protectorat : une église y aurait été attribuée, avant 1220, à des militaires chrétiens au service du sultan.
Parmi les éléments artistiques les plus notables de l'église des Saints-Martyrs figure la fresque du Christ Pantocrator, réalisée par le moine bénédictin André Bouton avec la participation de son frère, l'artiste Jacques Bouton. La fresque représente le Christ en gloire après la Résurrection, assis sur un trône, tenant les Écritures de la main gauche et levant la droite en signe de bénédiction. La mémoire orale associe les traits de l'œuvre à ceux d'un chaouch marocain de la paroisse, un choix artistique cohérent avec l'usage, par d'autres artistes, de modèles locaux dans des œuvres réalisées ailleurs au Maroc. Des sources journalistiques indiquent qu'André Bouton a également réalisé les fresques de l'église Sainte-Barbe à Boutazoult, dans la vallée de l'Imini.
Le nom de l'église est associé aux cinq franciscains, Bérard et ses compagnons, tués à Marrakech le 16 janvier 1220, considérés dans la tradition franciscaine comme les premiers martyrs de l'ordre de saint François. Leurs reliques furent conservées au couvent de Coïmbra, au Portugal, avant qu'une partie ne soit transférée à Marrakech en 1957, plus de sept siècles après leur mort. Ce transfert conféra une portée symbolique particulière à l'église et à la fête paroissiale, célébrée le dimanche le plus proche du 16 janvier.
Au-delà de sa fonction religieuse immédiate, l'importance de l'édifice dépasse le cadre du culte : il offre un aperçu condensé de l'histoire de Guéliz et de la pluralité des récits liés à la ville de Marrakech. Les documents, photographies familiales et témoignages épars conservent une valeur certaine pour compléter l'histoire de la paroisse, notamment en ce qui concerne les prêtres, religieux et acteurs civils qui ont contribué à la continuité de son activité à travers différentes périodes.


