Bonjour,
Des maires du monde entier réunis pour parler d’habitants plutôt que de monuments, un aéroport qui franchit un nouveau seuil, un rallye mythique qui choisit Marrakech pour ligne d’arrivée, des jeunes des douars qui accèdent aux terrains, une hutte rurale réinventée dans un jardin célèbre : cette semaine, une même question traverse l’actualité. Comment une ville très visitée reste-t-elle une ville où l’on vit ?
Pour cette édition, nous partons de la médina et de ses habitants, passons par les chiffres de la fréquentation et par les terrains de sport, puis rejoignons les lieux de création, avec un carnet pour le week-end et les jours qui suivent.
Le sujet de la semaine
Des médinas vivantes, pas seulement des décors
Du 26 au 29 octobre, Marrakech a accueilli le 18e Congrès mondial de l’Organisation des villes du patrimoine mondial (OVPM), un réseau de plus de 200 villes dont un site est inscrit par l’Unesco. Le thème retenu, « Le nouveau projet urbain : vers l’habitabilité des centres historiques », dit l’essentiel : il ne s’agit plus seulement de restaurer des façades, mais de permettre aux habitants de rester. Selon Infomédiaire, le wali de la région Marrakech-Safi, Khatib El Hebil, a insisté à l’ouverture sur un cadre de vie accessible, inclusif et adapté aux enjeux environnementaux ; le premier vice-président du conseil communal, Mohamed Idrissi, a relié la protection du patrimoine à l’amélioration des conditions de vie et au soutien de l’économie locale.
Lors d’une session tenue mardi, les intervenants ont évoqué le changement climatique, le coût des réparations et la durabilité des sites, en appelant à placer la qualité de vie des résidents au centre des politiques de préservation, rapporte Aujourd’hui le Maroc. Le congrès devait aboutir à l’adoption du « Nouveau Projet Urbain », une démarche engagée par les villes membres depuis Québec en 2022, comme l’indique le programme publié par l’OVPM. Le texte final adopté n’était pas encore consultable au moment de notre bouclage.
Notre regard. La médina de Marrakech, inscrite depuis 1985, connaît bien cette tension : nous avions décrit comment les riads sont passés de foyers familiaux à adresses d’hébergement. Le mot « habitabilité » sera utile s’il se traduit en mesures concrètes : logement, commerces de proximité, mobilité, fraîcheur des ruelles. C’est à cette aune que nous suivrons les suites du congrès.
Le chiffre à retenir
8 113 680 passagers en neuf mois
C’est le trafic enregistré par l’aéroport Marrakech-Menara de janvier à fin septembre 2026, en hausse de 9,88 % sur un an, selon les données de l’ONDA reprises par Hespress. Le seul mois de septembre a compté 877 833 voyageurs (+7,65 %), et la liaison avec Paris-Orly reste la première route internationale de la plateforme.
La dynamique se prolonge vers l’Amérique du Nord : United Airlines annonce pour la saison 2026-2027 une offre de sièges en hausse de plus de 37 % sur sa liaison sans escale Marrakech-New York/Newark, ouverte en octobre 2024, selon La Vie éco, avec une saison prolongée.
Notre regard. Derrière ces courbes, une question très marrakchie rejoint notre sujet de la semaine : accueillir davantage de visiteurs suppose que les transports, les services et les quartiers suivent, pour eux comme pour les habitants.
À l’horizon
Le Dakar finira à Marrakech
Annonce de la semaine pour les passionnés de sport mécanique : le Dakar 2027 se disputera du 9 au 23 janvier entre l’Algarve portugaise et le Maroc, avec onze étapes dans le Royaume, une journée de repos à Agadir et une arrivée à Marrakech. Le tracé totalise 7 824 kilomètres, dont 4 341 de spéciales, comme le détaille notre confrère Le Mag, dans le réseau Articlophile. Le rallye n’était plus revenu en Afrique depuis 2007. Les modalités d’accueil du public à l’arrivée restent à préciser.
Une saison sportive qui se dessine
Le Dakar n’est pas le seul rendez-vous inscrit au calendrier. De novembre au printemps 2027, la ville accueillera des épreuves d’athlétisme, de tennis, de golf, de trail, de cyclisme et de sports mécaniques, recense L’Opinion. Premières échéances : la Coupe d’amitié maroco-américaine de golf du 9 au 15 novembre, notamment au Royal Golf de Marrakech et à Al Maaden, puis la troisième édition de MarrakechRun les 14 et 15 novembre au parc Moulay El Hassan, avec des courses de 5, 10 et 15 kilomètres et des séances de fitness ouvertes au public.
Suivront le Trail Desert Agafay du 20 au 22 novembre, le Rallye Sirocco au départ de Marrakech du 18 au 23 décembre, un tournoi de tennis ITF M25 du 28 décembre au 3 janvier, le Trail du Lac à Lalla Takerkoust le 24 janvier et la 37e édition du Marathon international de Marrakech le 31 janvier. Les dates 2027 du Grand Prix Hassan II de tennis restent à confirmer.
Notre regard. Le journal pose lui-même la bonne question : ces événements profiteront-ils aux clubs et aux acteurs de la ville ? Une course ouverte à tous dans un parc de quartier dit parfois davantage de la place du sport dans la vie quotidienne qu’une grande compétition internationale.
Du douar à la Botola
Les jeunes des douars entrent sur le terrain
Le dimanche 25 octobre, le stade Sidi M’Barek a accueilli les finales d’une première compétition de football en milieu rural. Du 19 septembre au 25 octobre, 48 équipes et plus de 768 jeunes joueurs, venus notamment de Souihla, de Saada et de la Menara, ont disputé 54 rencontres, raconte L’Opinion. Portée par l’Académie FC AMCOS, avec l’Association des Missions Africaines pour la sensibilisation et le soutien et l’appui de l’arrondissement Menara, l’épreuve a sacré Al Hilal Sportif de Marrakech chez les moins de 14 ans, vainqueur du Real Sidi Zouine (3-0), et Al Ain Marrakech dans la catégorie 2013-2014, aux tirs au but face à Amal Douar Jamaa après un nul 1-1.
Les organisateurs nomment eux-mêmes les chantiers de la suite : mieux contrôler l’éligibilité des joueurs, consolider les partenariats institutionnels et mettre à niveau les terrains en milieu rural. Pour les familles de la périphérie, l’essentiel est là : un encadrement régulier, au-delà d’une seule édition.
Le Kawkab en tête de la Botola
Chez les professionnels, le KAC Marrakech s’est imposé ce samedi 31 octobre face à Amal Tiznit (1-0), au stade de Berrechid, pour la 6e journée de la Botola Pro. Jawad Rhabra a inscrit l’unique but à la 41e minute, d’une frappe puissante de l’extérieur de la surface, rapporte Le360. Avec 13 points, le Kawkab occupe la première place du classement, au moins jusqu’à la fin de la journée. Prochain rendez-vous annoncé : la réception du Wydad de Casablanca, le samedi 7 novembre.
Les savoirs en partage
Les avocats du monde face à l’intelligence artificielle
Du 28 octobre au 1er novembre, Marrakech reçoit le 70e Congrès de l’Union internationale des avocats (UIA). À l’ouverture, son président, Fernando Hernández Gómez, a plaidé pour que l’intelligence artificielle progresse dans un cadre juridique protecteur des droits, en pointant le secret professionnel, la protection des données personnelles, la responsabilité des avocats et l’égalité d’accès à la justice, rapporte Infomédiaire. Le président de cette édition, Driss Chater, a rappelé la vocation du congrès : défendre les droits et l’indépendance de la défense. Deux grands thèmes structurent les travaux : les événements sportifs face aux droits humains et au développement durable, puis la place du droit dans le commerce international.
Pour le public, l’enjeu est concret : à mesure que les outils numériques entrent dans les cabinets et les tribunaux, la confidentialité et l’accès de chacun à un conseil restent les garanties à surveiller.
Le fil culturel
Au Jardin Majorelle, une nouala pour abri
Le Jardin Majorelle a inauguré mercredi son deuxième pavillon temporaire, « Nouala, le refuge mobile », ouvert au public depuis le jeudi 29 octobre dans le jardin de la Villa Oasis. Son autrice, l’architecte Salsabil El Ouazzani, diplômée de l’UM6P, est lauréate du prix Fondation Jardin Majorelle 2026, un concours ouvert aux architectes marocains de moins de 40 ans, précise L’ODJ. Elle s’inspire de la nouala, la hutte rurale de roseaux et de chaume, pour une structure légère et démontable, bâtie avec des matériaux simples, décrit Aujourd’hui le Maroc.
Le pavillon, renouvelé tous les deux ans, accueille l’exposition Les oiseaux du Jardin Majorelle, consacrée à la trentaine d’espèces qui fréquentent le jardin. Il est intégré au parcours de visite sans supplément, selon Biladi. Une belle réponse, en creux, au congrès de la semaine : un savoir-faire vernaculaire qui devient langage contemporain.
En images : le reportage de M24TV, la chaîne d’information de la MAP, sur l’inauguration du pavillon.
Le cinéma marocain, objet d’étude à Cadi Ayyad
Deux chercheurs de l’Université Cadi Ayyad de Marrakech, Moulay Mustapha Elidrissi Moubtassim et Abdelaziz Amraoui, ont consacré un article de la Revue Internationale du Chercheur à la manière dont le cinéma marocain contemporain conteste les récits dominants. À partir de films de Leïla Kilani, Nabil Ayouch, Hicham Lasri et Sanaa Akroud, ils montrent comment la mise en scène, le montage et le son rendent visibles des expériences restées en marge. Notre confrère Cinéma, dans le réseau Articlophile, en détaille les analyses. À trois semaines du Festival international du film de Marrakech (20-28 novembre), une lecture utile pour regarder les écrans autrement.
Trois soirées de jazz à M Avenue
La première édition du Marrakech Jazz Experience se tient du 30 octobre au 1er novembre au Théâtre Meydene. Après Urban Folklore en ouverture, Othman El Kheloufi est programmé le 31 octobre, et le saxophoniste franco-marocain Axel Camil Hachadi clôture le 1er novembre, annonce Le Matin. Le festival prévoit aussi des conférences en accès libre, des master classes au centre culturel Les Étoiles de Jemaa el Fna et une scène à M Square.
Le carnet du week-end
Samedi 31 octobre — Othman El Kheloufi, Théâtre Meydene. Jazz, influences marocaines et électro dans le cadre du Marrakech Jazz Experience. Horaire et billetterie à vérifier auprès du théâtre.
Dimanche 1er novembre — Axel Camil Hachadi, Théâtre Meydene. Soirée de clôture du festival. Présentation du programme.
Depuis le 29 octobre — Pavillon Nouala, Jardin Majorelle. Inclus dans la visite du jardin ; jours d’ouverture et horaires à consulter auprès de la Fondation.
À prolonger. Terres en partage à l’Institut français, jusqu’au 3 novembre ; Élisabeth Busson à La Mamounia, jusqu’au 15 novembre ; Interreligiosités marocaines de Manoël Pénicaud et J’ai connu Dieu… de Youssef Elmekaoui à la Maison Denise Masson, jusqu’au 16 novembre ; Le Clown de Reda Kanzaoui chez Khalid Fine Arts Majorelle, jusqu’au 22 novembre ; Le temps d’un battement de cil de Daoud Aoulad-Syad au MACAAL, jusqu’au 29 novembre ; Aux creux du silence à la Fondation Montresso, sur rendez-vous, jusqu’au 5 décembre ; Sur les traces d’Odette du Puigaudeau au Musée Yves Saint Laurent, jusqu’au 7 mars 2027.
À noter. Le vendredi 6 novembre, anniversaire de la Marche verte, est un jour férié : pensez à anticiper vos démarches. Pour les coureurs, les inscriptions à MarrakechRun (14 et 15 novembre) sont à suivre auprès des organisateurs.
Dates reprises des fiches de notre agenda et des annonces des organisateurs consultées le 31 octobre. Vérifiez horaires, tarifs et conditions d’accès auprès des lieux avant de vous déplacer.
Pour continuer la conversation
Un derb où l’on vit encore, une boutique de quartier qui résiste, un terrain de douar qui forme les talents de demain : quelles initiatives mériteraient une place dans notre prochaine lettre ?
Le Marrakech
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